© Crédit photo : Landesarchiv Saarbrücken, Nachlass Oettinger/Presse Photo Actuelle : 198/15
918
Histoire franco-allemande

Camp de la Gestapo et lieu de mémoire à Neue Bremm

En guerre et en paix : un reflet permanent de l'époque

© Crédit photo : Landesarchiv Saarbrücken, Nachlass Oettinger/Presse Photo Actuelle : 198/15

Gilbert Grandval, ambassadeur de France en Sarre, déposant le 11 novembre 1952 une gerbe de fleurs devant la plaque commémorative en hommage aux résistants français détenus au camp « Neue Bremm », à l'occasion de la cérémonie de commémoration annuelle de l'armistice de 1918.

Le camp de Neue Bremm - Un camp aux multiples fonctions

Le camp de prisonniers de guerre fut transformé en camp de la Gestapo à partir de février 1943, des prisonniers du camp principal Stalag XII F de Forbach, des détenus de la prison de Lerchesflur, des ouvriers réquisitionnés par le Reichsarbeitsdienst [« Service du travail du Reich »] ainsi que des entreprises de construction sarroises furent mobilisés pour les travaux sur site. À l'époque, un bassin d'eau d'incendie fut également aménagé en raison du risque d'incendie des baraques en bois. À partir de juillet, le site abritait officiellement une "prison de police élargie", comme on l'appelait dans le langage de camouflage du national-socialisme. Il s'agissait de faire croire qu'il s'agissait d'un lieu de droit et de justice et que des criminels y étaient détenus. Jusqu'en novembre 1944, le camp comptait un camp pour hommes et, à partir de décembre 1943, un camp pour femmes également pourvu d'un bassin. Au total, il y avait 16 baraques sur une surface de 5.600 m².

La « Neue Bremm » était un camp de regroupement et de transit pour les membres de la Résistance, les Juifs français déportés et les Lorrains qui avaient échappé à la conscription dans la Wehrmacht ainsi que leurs familles. S'y ajoutèrent des Sarrois ayant fui la persécution politique en France en 1935 et qui rejoignirent plus tard les Brigades internationales pendant la guerre civile espagnole. Ils furent arrêtés après leur nouvelle fuite vers la France. Ils furent aussi déportés de Sarrebruck vers Dachau, Mauthausen, Auschwitz ou Ravensbrück.

Le camp était en outre un quartier auxiliaire pour la prison surpeuplée de Lerchesflur, et donc un lieu de détention pour les conseillers municipaux et les secrétaires syndicaux du SPD, du KPD et du Zentrum.

© Crédit photo : Jean Guillocheau

Inauguration du premier mémorial le 11 novembre 1947.

Le premier mémorial de 1947

Le mémorial a été inauguré le 11 novembre 1947 par le gouverneur Gilbert Grandval, chef du gouvernement militaire mis en place en Sarre après la Seconde Guerre mondiale. Le mémorial, créé à l'initiative de Grandval et de la commission administrative, a été un marqueur de l'après-guerre en Sarre. À l'époque, la condamnation des coupables de crimes. Cette époque était marquée par la condamnation des criminels de guerre et par le souvenir des crimes nazis. L'exposition « Les crimes d'Hitler », inaugurée en avril 1946 au Musée de la Sarre, en était une illustration. En mai 1946, les procès contre le personnel du camp de Neue Bremm débutèrent au château de Rastatt. En juin 1946, le tribunal prononça 15 condamnations à mort, 25 peines de prison et deux acquittements. Le mémorial était composé d'une colonne en béton et d'une place trapézoïdale. Les deux parties étaient orientées vers le camp et le bassin, lieu central de la terreur.

La culture de la mémoire en Allemagne fédérale après 1955 et le mémorial de Neue Bremm

Le camp de Neue Bremm et les formes de commémoration qui lui sont associées ont évolué au fil des décennies. Après l'intégration de la Sarre à la République fédérale d'Allemagne en 1955, le mémorial érigé par le gouvernement militaire français sombra dans l'oubli. Ce mémorial ne couvrait que le camp des hommes et incluait la route. L'élargissement de la route en 1965 entraîna la réduction de la place commémorative devant le bassin d'eau d'incendie. Par la suite, le service d'entretien des autoroutes de Sulzbach fut chargé de l'entretien du site.
À la fin des années 1960, pour promouvoir le développement économique, la ville de Sarrebruck commença à vendre des terrains pour l'aménagement d'une zone industrielle. Situé à la périphérie de la ville, proche de la frontière et bien desservi, le site offrait déjà de nombreux avantages. Toutefois, le terrain du Mémorial, également appelé "le grand terrain de jardin" dans les plans, n'en faisait pas partie. Il a cependant été réduit, notamment par l'implantation de commerces et l'élargissement de la route, ainsi que par la construction d'un passage souterrain pour piétons. La quatrième et dernière phase de construction du mémorial du camp de la Gestapo à la Neue Bremm en 2018 a documenté l'étendue initiale du camp au moyen de marquages métalliques sur la route et le terrain de la zone industrielle adjacente.

L'engagement citoyen a permis de préserver le mémorial

Après dix ans d'autonomie partielle marquée par des liens économiques forts avec la France et l'intégration de la Sarre dans la République fédérale d'Allemagne en 1955, l'intérêt de l'État pour le mémorial diminua. En revanche, la société civile montra son intérêt pour ce lieu de mémoire. L'association des persécutés du régime nazi ne s'est pas contentée de critiquer les changements radicaux qui y eurent lieu et d'exiger l'entretien du mémorial. Ils ont également informé sur le site et son histoire. Depuis 1980, des « tours de ville alternatifs » sont organisés en collaboration avec le VHS de Sarrebruck. Deux stations marquantes de ces tours sont la cellule de détention dans la cave du château de Sarrebruck et le site de la Neue Bremm.

C'est l'antenne sarroise de l'association des persécutés du régime nazi qui s'est engagée pendant des décennies pour la conservation et l'entretien du mémorial. Depuis la fin des années 1970, mais surtout dans les années 1990, d'autres associations comme le Landesjugendring Saar ainsi que le VHS de Sarrebruck et l'association « Initiative Neue Bremm» se sont joints à cet engagement pour le réaménagement du mémorial.

La première plaque commémorative en allemand a été posée en 1985 par la ville de Sarrebruck, capitale du Land de Sarre. La même année, la Neue Bremm devint l'une des cinq stations d'un circuit commémoratif franco-allemand, allant des sites de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 aux lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale. En 1991, trois panneaux d'information sur l'histoire du site furent installés.

Le site de l'ancien camp des femmes ne faisait pas partie du mémorial de 1947.

Le mémorial initial n'incluait pas le site du camp des femmes. En 1975, un hôtel fut construit sur le site, et le bassin remplacé par une piscine chauffée. Le camp des hommes était un lieu de violence physique et de terreur. Le bassin d'eau d'incendie en était le symbole. Il ne jouait en revanche aucun rôle dans le camp des femmes, de construction identique. Depuis le réaménagement du mémorial en 2004, un tableau sur la façade de l'hôtel rappelle le souvenir du camp des femmes. Le tableau représente la résistante Yvonne Berman, qui y fut internée. Un panneau d'information situé sous la façade renseigne sur sa vie.

Le projet de réfectiondu mémorial

L'initiative Neue Bremm, fondée en 1998 et regroupant des acteurs issus du monde de la science, de l'art et de la société, a lancé un concours d'idées pour la réfectionréf du mémorial et a obtenu le soutien de la Bundesbeauftragte für Kultur und Medien (déléguée fédérale à la culture et aux médias). Grâce à son engagement, la chaire du professeur Rainer Hudemann à l'Institut d'histoire de l'Université de la Sarre a commencé en 2000 à étudier l'histoire du camp. Les publications d'Elisabeth Thalhofer sur le camp de la Gestapo de Neue Bremm sont devenues depuis longtemps des ouvrages de référence.

Mémorial du camp de la Gestapo de Neue Bremm - commémoration dans l'„Hotel der Erinnerung »(« hôtel du souvenir »).

Les architectes berlinois Roland Poppensieker et Johannes Schulze Icking ont remporté le concours sur une idée de Nils Ballhausen et Roland Poppensieker. Leur projet vise à montrer l'hôtel comme un lieu de passage, à l'instar du camp. Les modifications apportées par la construction d'un hôtel sur une partie du site du camp et l'aménagement de la route ont été mentionnées sur la bande d'écriture encastrée dans le mur. Ainsi, la signification changeante du lieu, entre terreur et hospitalité, a été mise en image par des termes décrivant les changements dans différentes langues.

Le mur est surmonté d'une partie en béton sur laquelle une photo est gravée. Elle montre une femme, un enfant et un chien sur la pelouse devant le camp des hommes. Il est clair qu'en ce lieu, c'est le point de vue de chacun qui compte. Il détermine si l'on voit ici un lieu idyllique, une zone industrielle ou un lieu de terreur.
 

Landeszentrale für politische Bildung des Saarlandes

Pour en savoir plus, vous trouverez d'autres offres numériques concernant le mémorial de la Neue Bremm sur le site de la Landeszentrale für politische Bildung (centre régional d'éducation politique et citoyenne) de Sarre : https://www.saarland.de/lpb/DE/Erinnern/NeueBremm/digitale-lernangebote/digitale-lernangebote_node.html

Suggestion : Avant une visite, téléchargez l'application pour visiter le mémorial du camp de la Gestapo à Neue Bremm. Celle-ci est disponible sur Playstore et AppStore et sur https://orte-der-erinnerung.entdeckerwelten.eu/gestapo-lager-neue-bremm/

Vous trouverez de plus amples informations sur : https://gestapo-lager-neue-bremm.de/

Partager avec les autres

Pour rester à jour
S'inscrire à la Newsletter